Campus Saint-Jean : les bienfaits de l'infodivertissement

3 Novembre 2014

C’est devant une trentaine de personnes réunies au Pavillon Lacerte du Campus Saint-Jean, le 22 octobre, que le professeur adjoint au département de science politique de l’Université de Montréal, Frédérick Bastien, a donné le coup d’envoi à la série de conférences Louis-Desrochers de l’année universitaire 2014-2015.

Présentée sous l’égide de l’Institut d’études canadiennes, cette conférence s’est déroulée sous le thème « Tout le monde en regarde! La politique, le journalisme et l’infodivertissement à la télévision ».

C’est à la fin des années 1990 que Frédérick Bastien a commencé à s’intéresser à l’infodivertissement. « Ce phénomène a suscité mon intérêt avec la présentation, entre les années 1997 et 2000 de l’émission La fin du monde est à 7 h qui était animée par Marc Labrèche. Cette émission a soulevé beaucoup de controverse, car il y avait un mélange des genres, soit le journalisme et le divertissement », avance M. Bastien.

Ce dernier trouvait cela inquiétant à l’époque : « Mes études doctorales m’ont permis d’approfondir le sujet et mon opinion a changé. »

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Le monde de l’infodivertissement a été le sujet de la thèse de Frédérick Bastien en 2004, soit au même moment où l’émission Tout le monde en parle apparaissait à Radio-Canada, le dimanche soir, dans un créneau traditionnellement culturel avec les Beaux-Dimanches. « L’émission dépassait aussi régulièrement le deux heures de temps d’antenne, repoussant même le début du Téléjournal », rappelle M. Bastien.

Depuis, d’autres émissions du même type se sont multipliées sur les chaînes. « Pourquoi avons-nous de telles émissions? », questionne Frédérick Bastien. « La télévision est un marché de plus en plus compétitif. En 1952, Radio-Canada avait le monopole et jusqu’en 1980, soit à l’arrivée des premiers canaux spécialisés, la concurrence était très limitée. C’est vraiment en 1995, avec la création de RDI et du Canal D, puis en 2000 avec la venue de la télévision numérique que les gens avaient de plus en plus de choix », explique le professeur adjoint au département de science politique de l’Université de Montréal.

Ce dernier estime qu’aujourd’hui, près de 50 % de l’écoute télévisuelle se fait sur des chaînes spécialisées plutôt que sur celles généralistes. « Les grands réseaux doivent s’adapter pour capter l’intérêt du public. On a d’abord vu le déclin des émissions d’affaires publiques au profit des journaux télévisés qui sont en nette progression. Ils vont s’allonger et se multiplier. On en retrouve même le midi et la fin de semaine. D’autre part, on a observé une montée des émissions d’infodivertissement, très nombreuses dans les années 2000 sous le format de talk-show », informe-t-il.

Selon M. Bastien, la portée de ces émissions est très grande. « Il faut être prudent de déclarer que les interviewers n’ont pas les habiletés nécessaires pour mener des entrevues politiques à la manière des journalistes », mentionne-t-il.

Le conférencier estime que ces émissions ont leur place dans le monde télévisuel, mais qu’il faut faire attention de ne pas tomber dans le spectacle. « Cette évolution pose des défis, notamment l’érosion de l’autorité du journalisme dans l’espace public. Il devient donc important de réaffirmer plus fortement la spécificité du journalisme, pour dire qu’il y a une place et une légitimité », croit Frédérick Bastien.

 

Source : Campus Saint-Jean