Campus Saint-Jean - Immigration francophone : réalités et perspectives après 10 ans d’accueil et de services!

1 Février 2017

Quelque 80 personnes se sont réunies au Grand salon du Pavillon Lacerte du Campus Saint-Jean (CSJ), le 26 janvier dernier, pour participer à la première de la série de Conférence et dialogue au service de l’intérêt public.

Initiées par le Bureau de la recherche du CSJ, ces conférences et dialogue au service de l’intérêt public visent deux objectifs : disséminer les résultats de la recherche et encourager le dialogue avec les intervenants clés de la communauté afin de co-construire ensemble et co-agir pour contribuer à des besoins et des enjeux sociétaux. 

« Les chercheurs sont heureux de pouvoir partager les grandes lignes de leur étude, mais il est aussi essentiel d’encourager le dialogue entre tous les partenaires et les communautés ciblées. Le dialogue vient enrichir la recherche en ciblant de pistes d’action pour l’avenir », soutient la vice-doyenne Recherche et innovation au CSJ, Martine Pellerin.

Cette première conférence a permis aux gens présents de découvrir les grandes lignes du rapport « L’immigration francophone dans les territoires et l’Ouest canadien : réalités et perspectives après 10 ans d’accueil et de services ». Cette étude interprovinciale et interterritoriale, amorcée à l’automne 2015, est le fruit d’un travail collaboratif entre cinq professeurs : le chercheur principal Paulin Mulatris (Campus Saint-Jean [CSJ]), Marianne Jacquet (Simon Fraser University au moment de l’étude et maintenant au CSJ), Lori Wilkinson (University of Manitoba), Mamadou Ka (Université de Saint-Boniface) et Laurie Carlson Berg (University of Regina).

Quatre des cinq chercheurs – seule Mme Wilkinson était absente – étaient sur place pour présenter les résultats et constats par province. « Les communautés francophones canadiennes de l’Ouest et du Nord ont subi de grands changements démographiques au cours des 12 dernières années. Des migrants francophones arrivés de l’extérieur du Canada ou d’autres provinces canadiennes y ont élu domicile, provoquant ainsi des changements démographiques structurels importants. Les retombées de ces vagues migratoires croissantes ont été différentes suivant les régions d’établissement de ces nouveaux arrivants », mentionnent les chercheurs dans leur étude.

« Ce rapport examine l’évolution des besoins des bénéficiaires et l’impact réel des services proposés depuis 12 ans en vue d’une meilleure intégration des nouveaux arrivants francophones », souligne le chercheur principal, Paulin Mulatris, précisant que l’information présentée servira de support pour développer des services toujours plus adaptés en fonction des besoins et conditions de vie de ces immigrants, à la fois dans les provinces et régions respectives. « L’immigration est un des enjeux fondamentaux de la société canadienne », lance-t-il.

Pour réaliser leur étude, un sondage téléphonique développé en consultation avec quelques responsables communautaires a servi de moyen pour recueillir les perspectives de 587 immigrants sur différents sujets, dont l’usage des services francophones, la nature de leurs besoins, etc. De plus, afin d’approfondir certains sujets, des groupes de discussions avec des immigrants francophones ont été organisés dans les provinces et régions visées.

Voici certains constats observés par les chercheurs :

  • Les services à l’emploi sont les plus recherchés par les immigrants.
  • 35,3 % des immigrants interrogés ont eu recours à un service francophone dans leurs provinces. Les raisons évoquées pour ne pas y recourir sont, pour 40 % de ces immigrants, le fait qu’ils jugent ces services non nécessaires parce qu’ils maîtrisent suffisamment l’anglais, alors que pour 15 % d’entre eux, serait le manque d’information sur l’existence de ces services et pour le reste, un manque de service francophone à proximité de leurs lieux de résidence (7 %) ou encore une mauvaise réputation de ces services (3 %).
  • Il existe, statistiquement, une très grande différence entre les classes économique, familiale et des réfugiés dans l’utilisation des services francophones. Les réfugiés sont les plus à même d’utiliser les services d’établissement (45,4 %), suivi par la classe économique (35,7 %) et par la classe familiale (28,8 %). Il semble y avoir une relation entre le niveau d’éducation, le pays d’origine, la province de résidence, le genre et le recours aux services d’accueil francophones.
  • Il existe aussi des différences régionales dans l’utilisation des services : plus de la moitié des répondants au Manitoba ont déclaré avoir utilisé les services d’établissement francophones, comparé à 38 % des répondants en Alberta, à 30 % de ceux de la Saskatchewan et à 24 % des répondants de la Colombie — Britannique.
  • Les immigrants francophones, particulièrement ceux d’origine africaine, semblent exprimer un sentiment d’abandon et de désarroi par rapport aux services d’établissement reçus pour faciliter leur intégration sociale.

Au cours de l’analyse des résultats, les chercheurs ont été en mesure de ressortir cinq principaux défis auxquels font face les nouveaux arrivants :

  • La non-maîtrise de l’anglais
  • L’accès à l’emploi
  • La non-reconnaissance des acquis : « recommencer à zéro »
  • L’accès au logement
  • L’éducation des jeunes et l’expérience du racisme et de la discrimination
  • L’état d’instabilité

« Pour ces personnes, les défis à l’arrivée sont d’ordre linguistique, économique, socioculturel et structurel. Face à ces différents défis, les immigrants s’adaptent selon différentes stratégies : l’appui sur le réseau des pairs et le retour sur les bancs d’école, afin de s’intégrer dans le monde socioéconomique canadien. Certains migrants, avant d’arriver sur le territoire, ont aussi pu bénéficier de formations prédépart », indiquent-ils.

Concernant l’accès aux services d’établissement francophones, « seuls 35,3 % des immigrants affirment y avoir eu recours. Les raisons évoquées par les immigrants francophones n’ayant pas utilisé ces services sont le sentiment de ne pas en avoir eu besoin (40 % d’entre eux) ou de ne pas avoir eu connaissance de leur existence (1 5 % d’entre eux). » Ces derniers ont aussi remarqué que la fréquentation des services varie aussi significativement d’une région à une autre et l’évaluation qu’en font les participants est mitigée.

En général, les participants dans les provinces et territoires utilisent les services d’accueil francophones, lorsqu’ils sont disponibles. Ils ont apprécié la formation offerte par certains organismes d’accueil francophones au niveau de la formation (cours d’anglais, atelier sur l’emploi, atelier d’informatique, atelier sur la rédaction d’un CV, etc.), ainsi que les services personnalisés au niveau de la recherche d’un logement, de l’accompagnement pour une visite chez le médecin, de la possibilité d’avoir un interprète dans certaines situations; ou encore, le soutien apporté dans les démarches administratives (obtention des cartes de santé et d’assurance sociale, ouverture de compte bancaire, obtention d’un permis de conduire, etc.).

Toutefois, un certain nombre de points négatifs sont également soulevés : l’éparpillement et la difficulté à trouver de l’information qui soit à jour; le sentiment de « n’être qu’un numéro »; le sentiment d’être abandonné par l’organisme francophone une fois la formation de base donnée, car il n’y a pas de suivi; le manque d’orientation des nouveaux arrivants sur le marché du travail, l’absence d’un réseau structuré pouvant permettre aux immigrants de s’insérer sur le marché du travail et une offre de services qui reste limitée dans certaines provinces.

« D’un point de vue qualitatif, les immigrants interrogés apprécient les formations proposées (cours d’anglais, recherche d’emploi, ateliers informatiques), ainsi que les services personnalisés d’accompagnement. Pour autant, certains regrettent un service d’accueil limité, le manque de suivi de ces organismes, le faible réseau qu’ils proposent afin d’assurer leur intégration sociale et sur le marché de l’emploi, ainsi que la dispersion des services d’accueil francophones et de l’information », soulignent les chercheurs.

Afin d’aider la communauté francophone à mieux se positionner en matière d’immigration francophone, l’équipe de chercheurs propose quelques pistes :

  • Mettre en place des guichets uniques permettant de répondre aux besoins de ces immigrants tout en développant un réseau social aidant à leur intégration.
  • Réaliser une étude auprès des organismes prestataires de services, afin de mieux évaluer la nature des services offerts.
  • Mener une étude approfondie pour mieux comprendre les parcours de ces immigrants.
  • Développer, au-delà des services répondant aux besoins primaires des immigrants, des services adaptés au niveau de la formation des immigrants. Les organismes francophones semblent mieux répondre aux besoins primaires et deviennent moins efficaces sur le long terme.

Source : Campus Saint-Jean, Université de l'Alberta