Cardiotoxicité avérée d’un anticancéreux : un meilleur suivi est de mise pendant et après la chimiothérapie

13 Février 2014

On sait que la chimiothérapie peut prolonger la vie des personnes atteintes du cancer. Mais de plus en plus, l’insuffisance cardiaque causée par la chimiothérapie est reconnue comme un important défi clinique. Une équipe de scientifiques du Canada et de la France étudient le mésylate d’imatinib (l’imatinib), un médicament anticancéreux très sélectif et efficace, pour en comprendre les effets sur le cœur. L’étude, dont les résultats ont été publiés dans l’European Journal of Heart Failure, révèle que l’imatinib est cardiotoxique et qu’il cause des lésions cardiaques manifestes chez les patients âgés.

L’imatinib est très efficace comme traitement permanent contre plusieurs cancers, notamment la leucémie myéloïde chronique. Parce que les signes cliniques de cardiotoxicité se manifestent souvent à retardement, il n’existait que des résultats contradictoires à propos des effets de l’imatinib sur le cœur. Toutefois, une équipe de chercheurs dirigée par Mona Nemer,professeure de médecine et vice-rectrice à la recherche de l’Université d’Ottawa, a prouvé cliniquement que l’imatinib ciblait tout particulièrement les cellules du muscle cardiaque. Or, avec l’âge, le cœur devient plus sensible aux effets secondaires néfastes de ce médicament.

« Le traitement à l’imatinib est extrêmement efficace pour cibler le cancer, mais nous voulons nous assurer qu’il prolongera effectivement la vie des patients », d’affirmer la professeure Nemer. « Notre étude met en évidence le besoin de surveiller attentivement la fonction cardiaque pendant et après la chimiothérapie. »

L’équipe de chercheurs a aussi repéré les voies cellulaires que le médicament ciblait à tort, ce qui prépare le terrain à la mise au point d’agents thérapeutiques capables de prévenir l’insuffisance cardiaque.

« Il est crucial de comprendre comment les traitements anticancéreux agissent sur le cœur et quels facteurs peuvent causer l’insuffisance cardiaque chez les patients. En comprenant mieux ce qui provoque l’insuffisance cardiaque, nous saurons comment protéger nos patients afin qu’ils puissent vivre en santé », dit le Dr Peter Liu, cardiologue et directeur scientifique de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

« Les médicaments anticancéreux qui voient le jour sont certes plus efficaces, mais on découvre aussi que le traitement du cancer peut entraîner des lésions cardiaques », ajoute la Dre Susan Dent, oncologue médicale à l’Hôpital d’Ottawa. « C’est pourquoi nous avons créé, en 2008, le programme de cardio-oncologie pour faire avancer la recherche et l’enseignement et améliorer les soins cliniques offerts aux patients atteints du cancer. Il est essentiel de reconnaître les facteurs de risque et les premiers signes de lésions cardiaques pour préserver la santé cardiovasculaire de ces personnes. »

L’imatinib est le premier d’une nouvelle génération de médicaments anticancéreux très sélectifs qui ont mené à plusieurs nouveaux traitements ciblant des tyrosines kinases.Comme tous les inhibiteurs de cette classe, l’imatinib empêche le déclenchement de la cascade de signalisation nécessaire à la progression du cancer, prévenant ainsi la croissance des cellules cancéreuses. Les chercheurs ont découvert que le médicament bloquait l’action d’une protéine — GATA4 — nécessaire à la survie des cellules musculaires du cœur et que, ce faisant, il conduisait à leur perte et ultimement à une défaillance cardiaque.

Ces travaux scientifiques sont subventionnés par les Instituts de recherche en santé du Canada.

L’Université d’Ottawa soutient activement la recherche de pointe et favorise le développement des connaissances basé sur une approche interdisciplinaire. Son engagement envers l’excellence attire les chercheurs les plus prometteurs du Canada et du monde entier. De plus, l’Université d’Ottawa contribue grandement au développement économique de la région de la capitale nationale, son impact économique régional étant estimé à 4 milliards de dollars par année.

Source : l'Université d'Ottawa