Dalia de Bernard Salva : l’Autre théâtre ou le théâtre de l’Autre

24 Mai 2013

Du 22 au 24 mars, ainsi que le 20 avril, puisant son inspiration à même les improvisations d’étudiants, la troupe du Campus Théâtre à l’Ouest présentait la pièce Dalia, une odyssée, écrite et mise en scène par le professeur et comédien Bernard Salva.

L’origine multiculturelle des étudiants de Bernard Salva nous donne à voir un faire ensemble d’une richesse culturelle, d’une intelligence, d’une justesse du propos incomparables. Elle raconte l’histoire d’une jeune Somalienne qui part à l’étranger pour fuir la tradition du mariage auquel elle doit se soumettre. Arrivée au Canada, elle trouvera un travail dans un restaurant qui, sous la férule d’un sans-abri féru de théâtre, sera métamorphosé en théâtre dans le théâtre, véritable allégorie de la société canadienne. Au point de vue histoire du théâtre, cette pièce fait penser à Vie et mort du roi boiteux de Jean Pierre Ronfart.

En revanche, l’originalité de cette pièce est dans le fait que non seulement elle nous rappelle que le texte théâtral est toujours une écriture à plusieurs mains, mais aussi en ce qu’elle donne à voir une écriture multiculturelle qui réussit l’épreuve du un dans le multiple. En somme, cette pièce met en scène un théâtre dans le théâtre qui habite notre inconscient collectif. Elle nous montre que le mariage forcé de Dalia est aussi celui du spectateur qu’une certaine tradition culturelle rend aveugle à tout autre point de vue. Dalia nous montre des comédiens, qui de leur position de regardés, inversent le miroir et créent un spectacle qui a d’abord lieu chez les spectateurs/regardants devenus étrangers à eux-mêmes.

Cette pièce n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle a suscité de nombreux commentaires élogieux de la part d’un public multiculturel interpelé par un scénario résolument transculturel. Cette pièce représentée en milieu universitaire nous montre de façon éloquente que toute pédagogie n’est pas à sens unique; elle nous dit que nous apprenons de nos étudiants tout autant qu’ils apprennent de nous.

Il y a dans cette pièce un savoir se voir brillamment montré. Dans une œuvre de déconstruction des frontières du théâtre, le metteur en scène a su capter l’exubérance et la joie de vivre de ses étudiants.

René Gagné

Source : le Campus Saint-Jean, Université de l'Alberta