Le secteur énergétique sous un autre angle

25 Mars 2014

Pour sa dernière conférence de l’année universitaire 2013-2014, l’Institut d’études canadiennes de l’Université de l’Alberta, en collaboration avec l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), a fait appel à la professeure Dominique Perron, de l’Université de Calgary, qui est venue parler de son dernier ouvrage L’Alberta autophage.

Dans les 350 pages de son livre, la professeure agrégée au Département d’Études françaises, espagnoles et italiennes parle du secteur pétrolier d’un angle différent. « Lorsqu’il est question de l’énergie en Alberta, on l’a souvent abordée de l’angle historique, de l’angle économique et de l’angle environnemental, mais il n’y a pas eu d’études de l’angle culturel et littéraire. J’ai donc fait une analyse discursive des propos que l’on pouvait tenir dans les journaux de l’Alberta, mais surtout ceux de Calgary », a souligné l’auteure à la quinzaine de personnes réunies au Pavillon Lacerte pour l’occasion, le 5 mars dernier.

Comme le fait remarquer Dominique Perron, lorsqu’il est question d’énergie, les enjeux sont différents en fonction des instances qui l’abordent. Pourtant, « s’il y a un objet politico-économique par excellence au pays, c’est bien tout ce qui touche à l’énergie », affirme-t-elle.

Par le biais des théories d’analyse du discours, Mme Perron revient sur les booms et les busts pétroliers. « Selon les textes publiés en 2007 et 2008, on prévoyait que le boom allait continuer éternellement. L’optimisme régnait, mentionne Mme Perron. Pourtant, le prix du baril de pétrole est passé de 147 $ en 2008 à 37 $ en février 2009. Puisque l’industrie du pétrole est la principale source d’emploi en Alberta et c’est ce qui fait tourner l’économie, c’est devenu depuis le secteur avec le lobby le plus puissant, et ce, autant en Alberta qu’à Ottawa. »

Avec la crise de 2008, avec des revenus à la baisse, la province a réalisé « que le sort de l’état albertain était inexorablement lié au secteur pétrolier. Depuis, ce ne sont plus les compagnies qui font la promotion du secteur, mais bien le gouvernement de l’Alberta et le gouvernement fédéral », souligne-t-elle en donnant en exemple les projets Northen Gateway et Keystone XL.

Titre révélateur

C’est en terminant son ouvrage que Dominique Perron a trouvé le titre de son livre L’Alberta autophage. « L’autophagie signifie se manger soi-même. C’est ce que l’Alberta fait en développant les sables bitumineux », soutient Mme Perron.

Pour renverser la vapeur, il faudrait donc cesser toute exploitation. « Ce serait parfait au niveau environnemental, mais je regrette, en pratique, c’est impossible de fermer les sables bitumineux. Notre prospérité ne fait qu’assurer notre stabilité. Nous nous mangeons pour assurer notre stabilité », énonce-t-elle.

Fait à noter, le livre de Dominique Perron a été finaliste pour le Prix du gouverneur général en 2013.

Source : le Campus Saint-Jean, Université de l'Alberta